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Le lissage de la consommation

La théorie du cycle de vie

L’incertitude dans la théorie du cycle de vie

Dans cette théorie, l'incertitude joue un rôle central. La question centrale est : comment gérer sa consommation à l'échelle d'une vie ? Cette idée est développée pour la première fois par Franco Modigliani dans son ouvrage Utility Analysis and the Consumption Function, qui réunit des éléments néoclassiques et keynésiens. L'épargne peut être indépendante du revenu courant, selon des résultats en coupes instantanées. On épargne beaucoup parce que l'avenir est incertain. Le modèle, dans ses formes simples, suppose parfois un taux d'intérêt nul, ce qui met l'accent sur la thésaurisation plutôt que sur l'investissement. Comment les individus essaient-ils de maintenir leur consommation constante au fil du temps ?

L'incertitude porte sur la capacité à travailler : quand on est trop jeune on ne peut pas encore travailler, et quand on est trop vieux on ne peut plus. Dans ce cadre théorique, il n'y a pas forcément de mécanismes de retraite ni de solidarité intergénérationnelle.

Malgré ses limites, ce modèle a eu une portée heuristique et a permis de comparer différents pays selon leurs structures démographiques (populations jeunes ou vieillissantes). On comprend ainsi mieux les flux d'épargne et de capitaux.

Fun fact

Dans ce modèle, les individus connaissent leur mort.

L’actualité de la théorie du cycle de vie

En 2011, des économistes étudient le cycle de vie et les transferts intergénérationnels via le système de retraite (dans la veine des travaux de Modigliani). Le cadre d'analyse se situe après les Trente Glorieuses (1945–1973), donc à partir des années 1970. Ils analysent les CTN (comptes de transferts nationaux), notamment les comptes liés au système de retraite. Les générations les plus âgées voient leur niveau de vie augmenter, contrairement aux jeunes.

Le déficit de transfert intergénérationnel se traduit par une pression sur le système de retraite : il augmente avec le vieillissement de la population. C'est l'insolvabilité potentielle du système de retraite. En 2011, ce déficit est déjà observable. Les solutions envisagées sont les suivantes :

  • Augmenter la population active et réduire la part des retraités en repoussant l'âge de départ à la retraite.
  • Réduire les prestations.

Cependant, ces deux méthodes ne fonctionnent que sur le court terme et posent des problèmes :

  • L'assurance chômage peut supporter des coûts supplémentaires ;
  • La solution est temporaire ;
  • Allonger la durée de travail peut entraîner des effets sanitaires (estimations citées : entre 4 000 et 5 000 décès supplémentaires selon certaines études).

D'autres mesures sont possibles :

  • Diversifier les sources de financement (immigration, diversification des cotisations, etc.)

L'épargne de précaution peut créer un cercle vicieux : une épargne élevée réduit la consommation, ce qui réduit la production et l'emploi, ce qui renforce à son tour l'épargne de précaution.

Note

Ce cycle a été observé empiriquement lors de certaines crises (subprimes, 2008).

Le revenu permanent en fonction des anticipations

Les deux théories suivantes sont des théories de lissage de la consommation, qui reprennent et complètent les idées de Modigliani.

Le revenu permanent dans le cadre d’anticipations adaptatives

Friedman, chef de file du monétarisme, s'est aussi intéressé à la fonction de consommation de Keynes.

Question

Le monétarisme est un courant critique des interventions monétaires excessives. Ses partisans considèrent que certaines politiques monétaires ont peu d'effets réels (neutralité de la monnaie) et sont favorables à limiter certaines interventions publiques.

Il fait partie de l'école de Chicago, au cœur des idées néoclassiques puis monétaristes et de la nouvelle école classique. Ce courant s'oppose souvent aux approches keynésiennes (MIT). Friedman a reçu un prix Nobel pour ses travaux sur la monnaie et la fonction de consommation.

Il développe la théorie du revenu permanent en reprenant l'idée de Modigliani selon laquelle l'épargne dépend des anticipations sur le revenu futur. L'agent économique prend des décisions intertemporelles pour maximiser son utilité. Le revenu réel des individus fluctue, mais la consommation peut rester relativement stable si elle dépend du revenu permanent. Pour Friedman, l'agent peut former des anticipations sur son revenu passé, présent et futur — c'est le concept de revenu permanent. Il anticipe ainsi sa consommation et ses désépargnes futures. Exemple : un professeur peut prévoir son salaire et lisser sa consommation dans le temps. Le revenu total et le revenu permanent sont tous deux positifs ; le revenu transitoire peut être négatif.

La consommation est calculée en fonction du revenu permanent, plus stable que le revenu courant :

Friedman considère que les agents corrigent leurs erreurs au fil du temps et révisent leurs anticipations. On retrouve ici l'idée de lissage.

Un revenu transitoire élevé conduit à une épargne temporaire ; un revenu transitoire faible (ou négatif) conduit à de la désépargne. L'idée est qu'un choc transitoire n'affecte pas le revenu permanent. Ainsi, une politique monétaire expansionniste qui affecte principalement le revenu transitoire n'augmente pas nécessairement la consommation permanente. Le modèle établit un lien entre fluctuations microéconomiques et macroéconomiques : il est microfondé et fait le pont entre niveaux micro et macro.

Le revenu permanent dans le cadre d’anticipations rationnelles

La théorie de Friedman a été critiquée : sans hypothèses sur la formation des anticipations, le mécanisme du revenu permanent peut être remis en cause. Est-ce que tous les agents anticipent vraiment leur avenir ? Un agent peut-il commettre des erreurs ou tenir compte d'autres facteurs que son seul revenu ?

Muth (1961) suppose que les agents forment des anticipations rationnelles : ils utilisent toute l'information disponible et, en moyenne, leurs prévisions ne sont pas biaisées.

Les prévisions sont non biaisées : pas d'effet de mode systématique et pas d'erreurs systématiques. Les erreurs de prévision sont supposées non autocorrélées.

Selon cette approche, les innovations non anticipées rendent la consommation difficilement prévisible à court terme, ce qui réduit l'efficacité attendue de certaines politiques publiques.

Cependant, ce modèle repose sur de fortes hypothèses (grande disponibilité de l'information, hypothèses sur les taux d'intérêt, etc.).

Déterminant de la consommationSigne attendu
InflationNégatif
PatrimoinePositif
Revenu courantPositif
Taux d’intérêt réelAmbigu
ChômageNégatif

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